C’est arrivé à l’école l’Étincelle

Un article pour l’AQPF

mercredi 6 mars 2013 par Johanne Morin

À la demande de madame Godelieve de Koninckcoordonnatrice des Cahiers de l’AQPF :

Question 1 : Madame Morin, vous enseignez depuis déjà plusieurs années à l’école Étincelle de Sainte-Marguerite en Beauce. Pouvez-vous nous parler un peu de votre école ? (Nombre d’élèves, aide particulière aux enfants en difficulté, classes jumelées, etc.)

Notre Étincelle compte une centaine d’élèves dont le regroupement en classes jumelées influence le quotidien des enseignants. Dès les premiers pas d’une réforme qui tardait à s’implanter, les enseignants ont activé leur désir de faire les choses autrement. Il faut dire que la réalité d’une classe jumelée commande de nouvelles pratiques pédagogiques pour permettre le meilleur développement du potentiel de chacun. Ainsi, l’engagement de l’équipe école a permis la naissance de grands projets dont Radio-Étincelle qui diffusent une émission radiophonique par jour. C’est donc la motivation qui a permis aux enseignants de développer le sentiment d’appartenance et de compétence des élèves de la maternelle à la sixième année. La radio offre une occasion unique de développer les compétences disciplinaires tout en enrichissant la culture personnelle.

Question 2 : Vous avez reçu dernièrement un prix prestigieux de la part du premier ministre du Canada ! Vous êtes la seule enseignante du réseau primaire francophone à avoir obtenu un tel un pareil honneur. En quoi cette appréciation est-elle importante pour vous ?

( Précision : seule pour le primaire, vrai, mais pour l’édition 2012 du concours. http://www.ic.gc.ca/eic/site/pmate-ppmee.nsf/fra/wz01995.html

À chaque année, l’équipe école de l’Étincelle recherche des façons de reconnaître les efforts des élèves. Les concours offrent cette occasion. Au fil des ans, en observant les enfants monter sur les podiums, j’ai compris qu’ils avaient cette merveilleuse compétence d’accepter avec fierté les reconnaissances sans gêne. C’est donc inspirée par nos élèves que j’ai accepté, avec un peu plus d’humilité, cette marque d’appréciation. Chaque enseignant fait preuve d’une compétence lui permettant de guider ses élèves vers la réussite, du moins nous y travaillons très fort ! Ce métier unique, qui permet un quotidien tout aussi diversifié que divertissant, mérite d’être toujours plus reconnu. C’est dans cette optique que j’ai accepté cet honneur. Il n’est jamais désagréable de recevoir une appréciation, peu importe sa source ou son importance. 

Question 3 : Vous dites que votre inspiration vous vient de la motivation de vos élèves. Pouvez-vous nous expliquer comment cela se manifeste concrètement ?
 Et si tout se passait dans le regard, le miroir de l’intelligence se plaisent à dire certains. Je ne perds jamais de vue que ces enfants passent plus de 1200 heures dans ma classe, le double puisqu’ils y passent deux ans. S’engage alors une réelle quête du comment faire autrement avec efficacité. Les ressources nombreuses et la liberté d’action dans un climat de confiance pédagogique deviennent des conditions au changement et au renouvellement des pratiques. Les technologies, la richesse culturelle de notre Québec francophone, la diversité artistique, l’entrepreneuriat sont quelques sources que nous visitons régulièrement. 
Il faut parfois emprunter des chemins que l’on croit fragiles pour réaliser jusqu’à quel point ils peuvent représenter un élément de motivation important. Je pense au jour où nous avons visité le milieu assez austère d’une bibliothèque d’archives pour retrouver l’ancêtre francophone. Étonnés de la motivation exceptionnelle de tous les élèves à faire ces démarches, nous avons compris qu’ici, ce fut la quête des racines qui devint l’élément de motivation. Au retour en classe, l’exploitation du thème s’est imposé et a motivé bien des situations d’écriture. ( voir le projet : http://etincelle.csbe.qc.ca/spip.php?rubrique37)
Pour sa part, la radio touche l’élément primordial pour cette génération : la communication. Produire une émission dans le respect et le désir de partager tout en coopérant a permis à ce média de prendre racines dans notre école depuis maintenant 11 ans. Cette Radio-Étincelle motive non seulement la qualité de la langue, mais également l’intérêt pour la culture et l’écriture. À elle seule, elle peut soutenir l’intention de structurer les textes pour en assurer la compréhension de l’auditeur. En prime, le travail d’équipe est grandement valorisé et la qualité de la coopération assure le sentiment de compétence.
Cette année, nous nous sommes intéressés à Twitter. Structurer sa pensée pour arriver à jouer avec la langue en 140 caractères s’est imposé avec motivation. Il faut voir les enfants de 3e cycle discuter de la pertinence de la ponctuation ou du choix des mots pour éviter de dépasser les 140 caractères ; discussions dynamiques sur des synonymes aussi ou sur la syntaxe. Un élève aura attiré l’attention du jury au premier festival de twittérature de Québec à l’automne dernier. Cet élève en difficulté d’apprentissage accepta d’investir temps et effort dans l’atteinte de l’objectif très court que représentent les 140 caractères : Le #futur c’est un bien grand mot mais le plus grand mot que je connaisse est le mot élastique. Rions vers le futur ! #TwtFestP. Cette nouvelle énergie démontrée par les élèves nous a lancés vers une réelle réflexion sur ce qui développent la compétence en écriture. À notre tour de vivre avec motivation les grands défis de l’apprentissage. 

Question 4 : Comme les Cahiers de l’AQPF s’adressent principalement aux enseignants de français, pouvez-nous nous en dire plus sur votre projet Les Copains de lecture ?

Il y a une dizaine d’années, les membres de l’équipe école s’initiaient aux intelligences multiples. Désireux de les intégrer aux nouvelles pratiques proposées par le renouveau pédagogique de l’époque, les enseignants ont initié les Copains de lecture. À leur façon, ces cinq personnages créatifs ( Spavi, Corkimury, Intrater, Verlin et Loma) invitent les enfants à faire des projets de lecture pour partager leurs expériences littéraires tout en exploitant les diverses formes d’intelligence. Ainsi, les enfants pourront exploiter les technologies de l’information et présenter le pays où se passe l’action. Ils pourront mimer les passages d’un récit, composer un rap ou un slam, imaginer une entrevue avec un personnage pour diffusion à la radio, etc. Dès la maternelle, des traces sont conservées dans une boîte de lecture qui suivra l’élève tout au long de son primaire. Voir les élèves replonger dans les expériences littéraires de leur enfance est un privilège pour l’enseignante de 3e cycle que je suis. C’est ainsi que bien des parents se prêtent aux jeux et soutiennent d’une façon particulière la recherche de créativité. Une section de notre site internet présente certains projets. 
Nos copains ont même laissé quelques livres partir à l’aventure via notre site. Les coups de coeur voyageurs sont des albums et romans, choisis par les groupes classes, qui ont pris le hasard de la route vers des lecteurs à la manière de passer au suivant. 

Question 5 : Vous êtes reconnue comme une « visionnaire ». C’est un beau compliment. D’où vous vient cette créativité pédagogique ?

Curiosité et opportunité sont les bouées qui gardent la créativité à la surface de ma pratique. C’est étonnant comme les liens peuvent parfois être nombreux dans un contexte de réseautage. Les médias, personnes ressources et lieux culturels offrent des occasions uniques d’exploiter des thèmes variés. Étonnamment, la communauté qu’est Twitter m’apporte une nouvelle source d’inspiration. Les gens qui s’y expriment sont d’une générosité remarquable et s’avèrent être des guides exceptionnels vers de nouveaux horizons. Dans notre école Étincelle, il n’y a pas de portes closes. Le partage est quotidien et l’émerveillement se manifeste souvent. À l’Étincelle, on se prête également au jeu de la découverte avec les élèves et ce, même si parfois il soit nécessaire de ne pas se prendre trop au sérieux ! Finalement, on reconnaît avec confiance tout le potentiel que peut démontrer les enfants de moins de 12 ans en luttant constamment contre les préjugés qui trop souvent atteignent cette génération. 

Question 6 : Vous avez certainement encore plusieurs projets en tête. Pouvez-vous en partager un avec nous ?

L’expérience acquise au fil des ans m’a permis de faire confiance en l’avenir. Ainsi, les projets se vivent en fonction des clientèles qui me sont confiées. Cette année, une classe à dominance masculine nous guidera prochainement vers l’univers des Samouraïs après une visite du Musée de la Civilisation de Québec. Le mot d’ordre : intégration des matières. L’utilisation des tablettes électroniques conservent bien des mystères que je souhaite explorer tout en faisant la preuve qu’elles peuvent être au service d’une réelle démarche pédagogique. Le printemps permettra à notre jardin de retrouver sa terre fertile et lancera les élèves à nouveau dans les expériences botaniques. Si les projets ne manquent pas, c’est bien parce que les enfants qui partagent mon quotidien sont des êtres généreux et curieux qui se sentent motivé lorsqu’on les invite à se dépasser. 

Johanne Morin

Mars 2013



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17 avril 2013
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